Transplantation de cellules et maladie de Parkinson: passé, présent et futur

Transplanter des cellules directement dans le cerveau pour essayer de le soigner et améliorer les symptômes de la maladie de Parkinson est un traitement à l’étude depuis les années 80.  Des résultats mitigés et contradictoires  ont pendant longtemps mis en doute la faisabilité d’une telle technique.

Cette dernière décennie a vu un regain de l’intérêt d’un tel traitement. L’amélioration de la technologie et de la connaissance  conduit différentes équipes de recherche à revaloriser cette option thérapeutique avec des approches différentes.

Dans les prochaines semaines nous vous vous présenterons 3 projets différents et vous expliquerons leur objectif et leur intérêt pour les personnes atteintes de la maladie de la Parkinson.

Le premier volet portera sur le projet TRANSNEURO.

PROJET TRANSEURO : REMPLACER LES CELLULES DOPAMINERGIQUES DU CERVEAU  CHEZ LES PERSONNES ATTEINTES DE LA MALADIE DE PARKINSON ?
Publié le 09 novembre 2021

CONTEXTE
Le manque de dopamine provoque les troubles moteurs caractéristiques de la maladie de Parkinson (tremblements, rigidité et lenteur des mouvements). Actuellement, quand le diagnostic de la maladie est posé, environ 70% des neurones produisant la dopamine ont été détruits. Les patients prennent donc des médicaments permettant de restaurer, de façon artificielle, le taux de dopamine. Ce traitement a pour effet de soulager les symptômes au début de la maladie. Néanmoins, avec le temps, ces médicaments sont de moins en moins efficaces et commencent à produire des effets indésirables, dus à l’administration non naturelle de dopamine. Par conséquent, il est nécessaire de développer un meilleur système permettant de fournir aux patients la dopamine de façon plus physiologique. Actuellement, le programme européen TRANSEURO étudie une nouvelle approche qui consiste à remplacer les cellules dopaminergiques du cerveau détruites, par des cellules dopaminergiques d’origine fœtale.

OBJECTIF DE LA RECHERCHE
Le projet TRANSEURO, mené par Roger Barker, a été créé en 2009, suite aux résultats des premiers essais de transplantations de cellules fœtales dopaminergiques chez l’Homme qui ont eu lieu dans les années 80. En effet, il a été montré que ces greffes permettaient 1) la récupération des capacités motrices et 2) la diminution ou la suppression de la médication dopaminergique chez 1/3 des patients greffés.

Dans un premier temps, le but du projet TRANSEURO a donc été d’identifier les points communs des patients chez qui la greffe avait fonctionné. Ce travail a ainsi permis de mettre en place des critères de sélection qui permettraient d’inclure les « meilleurs candidats » pour une nouvelle étude de transplantation. Trois critères principaux ont été mis en évidence : 1) être âgés de moins de 65 ans, 2) avoir été diagnostiqué il y a moins de 10 ans et 3) ne pas présenter de dyskinésie*.

Dans un deuxième temps, les chercheurs participant à ce programme ont amélioré les technologies de greffes comme, par exemple, la façon dont les cellules sont préparées en amont et en particulier leur conservation avant la transplantation.

Enfin, dans un troisième temps, 11 personnes atteintes de la maladie de Parkinson ont été sélectionnées selon les nouveaux critères puis ont été transplantées ; c’est-à-dire qu’on leur a greffé des cellules dopaminergiques issues d’un fœtus à l’endroit où leurs propres cellules avaient dégénéré dans le putamen*. Ensuite ces personnes ont été suivies pendant 3 ans, temps nécessaire pour évaluer si la greffe a bien fonctionné et si le patient en ressent les bénéfices.

CONCLUSION ET IMPACT POUR LA MALADIE DE PARKINSON
Initialement, le programme TRANSEURO devait durer 7 ans, de 2009 à 2016, mais l’étude a pris du retard et les résultats ne sont pas encore parus. Selon la publication la plus récente1, les derniers patients ont été transplantés en 2018 donc les résultats devraient paraître très prochainement.

Ce projet novateur est une avancée scientifique majeure qui vise à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de la maladie de Parkinson en atténuant sur le long terme  certains symptômes moteurs liés à la perte des neurones dopaminergiques.

Toutefois, il faut garder à l’esprit que même si TRANSEURO s’avèrerait être un succès clinique, l’utilisation de tissus fœtaux ne pourra pas être une solution thérapeutique pour tous les patients. En premier lieu les cellules fœtales sont obtenues à partir de fœtus issus d’avortements et leur utilisation soulève de nombreuses questions éthiques. Mais au-delà des questions éthiques et de la disparité nationale des lois régissant  le droit à l’avortement à l’échelle mondiale, il faut prendre en compte les limitations techniques liées à la disponibilité limitées de matériel fœtal. En effet, des cellules dopaminergiques provenant de trois fœtus différents, prélevées dans un délai maximum de quatre jours, sont nécessaires pour transplanter une seule personne malade. On réalise donc bien les difficultés potentielles à développer un tel traitement à plus large échelle.

En conclusion, TRANSEURO est une excellente étude clinique dont les données permettront l’amélioration et standardisation les technologies de greffes, ainsi que l’identification et la validation  des personnes, atteintes de la maladie de Parkinson,  plus à même de bénéficier de cette thérapie lors de future essais cliniques. 

1 Barker, R. A. (2019). Designing stem-cell-based dopamine cell replacement trials for Parkinson’s disease. Nature Medicine, 25(7), 1045–1053. doi:10.1038/s41591-019-0507-2

Glossaire
Dyskinésie* : activité musculaire anormale qui provoque des mouvements involontaires.
Putamen: région du cerveau atteinte dans la maladie de Parkinson. Elle est impliquée dans la régulation des mouvements et l’influence de différents types d’apprentissages.

Texte rédigé par Sarah Brosse, mis en ligne le 09 novembre /2021
Sarah est doctorante en sciences biomédicales au sein du laboratoire de neuroanatomie chimiosensorielle à l’Université du Québec à Trois-Rivières (Canada). Son projet doctoral porte sur l’étude de la chimiosensation dans la maladie de Parkinson, et plus précisément, sur l’étude du système trigéminal comme marqueur précoce de la maladie.
Durant ces prochains mois Sarah nous proposera régulièrement des textes destinés au grand public sur les avancées de la recherche. Restez attentif et visitez régulièrement notre page d’accueil.

 

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