Réseau SCAN et maladie de Parkinson : ce que révèle une nouvelle étude
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Le réseau SCAN, pour Somato Cognitive Action Network ou Réseau d’Action Somato-Cognitif, est un réseau cérébral récemment décrit dans le cortex moteur. Une grande étude publiée dans Nature en février 2026[1] suggère que son hyperactivité pourrait jouer un rôle clé dans la maladie de Parkinson et dans la manière dont certains traitements améliorent les symptômes moteurs.
Aujourd’hui, nous expliquons ce qu’est le réseau SCAN, ce qu’il change dans notre compréhension de la maladie de Parkinson et ce que cette découverte pourrait signifier pour les traitements futurs.

Le cerveau, un immense réseau
Le cerveau est un réseau complexe composé de nombreuses régions, chacune ayant des fonctions particulières. Imaginez-le comme un orchestre. Chaque musicien (une région cérébrale) a sa spécialité : émotions, mémoire, mouvements. Ils jouent ensemble grâce à des milliards de connexions nerveuses. Rien ne fonctionne sans cette coordination parfaite.
Le cortex cérébral et le mouvement
Le cortex, souvent appelé substance grise, est la couche la plus externe du cerveau. Il intervient dans de nombreuses fonctions supérieures, comme le contrôle volontaire des mouvements, la sensation, la mémoire et la conscience.
Sous le cortex se trouvent d’autres structures plus profondes, comme les ganglions de la base, qui comprennent notamment la substance noire et ses neurones dopaminergiques. Ces structures travaillent en lien étroit avec le cortex pour coordonner les mouvements.
Le cortex cérébral est lui-même organisé en plusieurs couches superposées. Chaque couche contient des types de neurones différents et joue un rôle spécifique. Cette organisation permet une communication fine entre les régions cérébrales. Le cortex moteur est particulièrement important, car il contient les neurones qui envoient des signaux vers la moelle épinière et les muscles pour produire les mouvements.
L’homonculus cortical : la carte du corps dans le cerveau
Dans les années 1930, le neurochirurgien Wilder Penfield a découvert que chaque partie du corps a sa zone dédiée dans le cortex moteur. Main, jambe, visage….. C’est l’homonculus cortical, littéralement le « petit homme » (Figure 1).
Cette carte définit ce que l’on appelle une organisation somatotopique : chaque région du cortex moteur correspond à une partie du corps. Les proportions, surprenantes, ne reflètent pas l’anatomie réelle. Les zones qui contrôlent les mouvements les plus fins, comme la main ou le visage, occupent une large surface, alors que les régions contrôlant les jambes ou le tronc sont beaucoup plus petites.

Ce principe est un des concepts fondamentaux des neurosciences et a façonné la façon dont les scientifiques pensaient le contrôle moteur pendant des décennies.
Le SCAN : un réseau caché entre les zones motrices
En 2023, les chercheurs ont bouleversé l’idée que le cortex est organisé comme une bande continue[2]. Utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) chez des personnes non malades au repos, ils ont cartographié la manière dont les différentes régions du cerveau communiquent entre elles.
Ils ont bien retrouvé les grandes zones décrites par l’homonculus de Penfield. Cependant, ces zones ne formaient pas une bande continue. Elles étaient interrompues par d’autres régions, interconnectées avec des zones impliquées dans l’éveil, la douleur, la régulation physiologique et le contrôle des actions. C’est la mise en évidence du réseau SCAN (Figure 2).

Cette découverte révèle une organisation complémentaire du cerveau avec des réseaux qui relient plusieurs parties du corps et associent les mouvements à des fonctions cognitives. Le réseau SCAN coordonne les actions complexes, comme par exemple saisir un objet en anticipant sa trajectoire, viser une cible, etc.
Autrement dit, le cerveau ne se contente pas de cartographier le corps : il organise aussi des réseaux dédiés à des actions complexes, qui mobilisent à la fois le mouvement et la cognition.
Mouvement + Cognition = SCAN
Maladie de Parkinson : le SCAN s’emballe
L’étude publiée en 2026 va plus loin. Elle a réuni des données d’IRMf chez 860 participants, avec ou sans maladie de Parkinson. Les personnes atteintes de Parkinson avaient différents types de traitements : dopathérapie orale, stimulation cérébrale profonde, ultrasons focalisés, stimulation transcrânienne, etc.
Les résultats montrent que le réseau SCAN est présent chez tous les participants, malades ou non, soulignant son importance fondamentale pour le fonctionnement du système nerveux. Chez les personnes atteintes de Parkinson, le réseau SCAN est hyperactif. Ses connexions, entre le cortex et les ganglions de la base, sont anormalement fortes (Figure 3).

3 découvertes majeures
- Une hyperactivité spécifique à Parkinson. Les analyses indiquent que cette activité excessive du réseau SCAN est spécifique à la maladie de Parkinson. Elle n’est pas observée chez des personnes atteintes d’autres troubles du mouvement (comme le tremblement essentiel, la dystonie ou la sclérose latérale amyotrophique) ni chez les personnes non malades. Cette spécificité suggère que l’hyperactivité du SCAN pourrait être une caractéristique propre à la maladie de Parkinson.
- Un lien avec la sévérité des symptômes. Le degré d’hyperactivité du réseau SCAN est corrélé à la sévérité des symptômes moteurs. Plus le réseau SCAN est suractivé, plus les symptômes moteurs ont tendance à être marqués.
Cela renforce l’idée que ce réseau joue un rôle central dans l’expression des troubles moteurs de la maladie de Parkinson.
- Les traitements calmes. Lorsque les traitements sont efficaces — médicaments, stimulation cérébrale profonde, stimulation magnétique ou électrique transcrânienne — l’hyperactivité du réseau SCAN diminue.
Autrement dit, lorsque les symptômes moteurs s’améliorent sous traitement, l’activité du réseau SCAN semble se « normaliser ». On peut l’imaginer comme un réseau « surchauffé » que les traitements parviennent en partie à « refroidir ».
Et demain ?
Comprendre qu’un même réseau cérébral pourrait être impliqué dans l’effet de plusieurs traitements différents ouvre des perspectives importantes. Cela suggère l’existence d’un mécanisme physiologique commun sous-jacent à ces traitements, centré sur le réseau SCAN.
L’étude ouvre aussi des pistes en matière de médecine personnalisée. Sera-t-il possible, à l’avenir, de cibler spécifiquement le réseau SCAN d’une personne à partir de son imagerie cérébrale ?
Les chercheurs ont développé et testé un dispositif de stimulation transcrânienne non invasive permettant de cibler le réseau SCAN avec une grande précision. Une étude pilote menée chez 18 personnes atteintes de Parkinson suggère une amélioration des symptômes moteurs après une série de séances : quatre stimulations de 10 minutes, espacées de 50 minutes, chaque jour pendant deux semaines.
La présence du réseau SCAN à plusieurs endroits du cortex soulève aussi une question intéressante : serait-il possible de stimuler plusieurs zones SCAN pour renforcer l’effet thérapeutique ?
Plusieurs questions restent ouvertes :
- L’hyperactivité SCAN pourrait-elle un jour être utilisée comme biomarqueur et/ou pour mesurer la progression de la maladie ?
- Les défis liés à l’utilisation de l’imagerie cérébrale personnalisée restent complexes.
- L’hyperactivité SCAN pourrait-elle un jour être utilisée pour un mieux diagnostiquer ?
- Ici les chercheurs ont évalué les personnes atteintes de Parkinson. Mais qu’en est-il comparé à des parkinsons atypiques comme l’atrophie multisystématisée (AMS), la paralysie supranucléaire progressive (PSP), la maladie à corps de Lewy ?
- La modulation du réseau SCAN pourra-t-elle ralentir la progression de la maladie et pas seulement soulager les symptômes ?
- Pas prouvé, juste pour les symptômes pour l’instant. Histoire à suivre.
- L’hyperactivité du réseau SCAN est-elle une cause ou une conséquence de l’atteinte dopaminergique et des réorganisations cérébrales ?
- Pour l’instant on ne le sait pas.
- Quels sont les paramètres optimaux (intensité, durée, localisation) pour obtenir le meilleur effet ?
- Cela doit encore être étudié.
L’étude pilote avec 18 personnes doit être confirmée et répliquée à plus large échelle.
Ce que cela change (et ne change pas encore)
Points clés à retenir
- Le réseau SCAN est un réseau cérébral récemment identifié, impliqué dans l’intégration entre mouvement et fonctions cognitives.
- Dans la maladie de Parkinson, ce réseau semble présenter une hyperactivité spécifique, corrélée à la sévérité des symptômes moteurs.
- Plusieurs traitements symptomatiques actuels de la maladie de Parkinson semblent agir, au moins en partie, en réduisant cette hyperactivité.
Limites et prudence nécessaire
- Il est important de rester prudent. Il s’agit d’une première grande étude, qui doit être confirmée par d’autres équipes de recherche. L’histoire des sciences est riche en résultats prometteurs qui n’ont pas toujours été reproduits.
- À ce stade, ces travaux ne signifient pas que l’on dispose d’un nouveau traitement prêt à être utilisé en routine, ni d’un outil diagnostique immédiatement applicable.
- Les techniques permettant de mesurer la connectivité du réseau SCAN et de le stimuler de manière précise sont complexes et difficiles à mettre en œuvre dans les centres de soins courants. Il est donc peu probable que cette découverte modifie la pratique clinique quotidienne à court terme.
Cette étude apporte néanmoins un cadre conceptuel nouveau et une cible biologique claire pour de futurs travaux.
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[1] J. Ren et al., “Parkinsons disease as a somato-cognitive action network disorder,” Nature, Feb. 2026.
[2] G. Em et al., “A somato-cognitive action network alternates with effector regions in motor cortex.,” Nature Apr. 2023
