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Repositionnement des médicaments

Que peuvent avoir en commun un antibiotique, un médicament contre le diabète ou encore un sirop contre la toux ? La réponse est simple… mais pas du tout logique : ce sont tous des traitements actuellement testés pour soigner la maladie de Parkinson. C’est ce que l’on appelle le repositionnement des médicaments.

Repositionner un médicament signifie le tester pour une maladie différente de celle pour laquelle il a été développé. Cette stratégie s’applique à des traitements déjà disponibles sur le marché mais aussi à ceux en cours de développement dont l’innocuité a été démontrée en essai clinique de phase I (1).

Les avantages de repositionner un médicament
De l’étude préclinique à l’autorisation de mise sur le marché [1] (AMM), le développement d’un nouveau médicament est très long : un traitement efficace peut mettre jusqu’à vingt ans avant d’être disponible pour les patients. Ce délai est dû aux différentes étapes nécessaires pour s’assurer qu’un nouveau remède ne provoque pas des effets secondaires ou une toxicité pire que la pathologie qu’il doit soigner. Il est fondamental que le rapport risque-bénéfice soit en faveur du patient.

Les avantages principaux du repositionnement peuvent être concentrés en deux mots : rapidité et connaissance. Rapidité, car un médicament ayant une autorisation de mise sur le marché a déjà passé toute les étapes d’évaluation de son effet toxique chez l’homme. Les étapes critiques servant à démontrer son innocuité ne sont donc plus à faire. Connaissance, car une fois sur le marché un médicament reste pour toute la durée de sa vie dans une phase de pharmacovigilance. Ce suivi dans le temps, en conditions réelles et sur une large population, permet d’améliorer et d’élargir la compréhension des effets d’un médicament avant un éventuel repositionnement.

Hasard ou méthode ?
Les deux sont possibles ! Il existe actuellement plusieurs milliers de traitements pour soigner des milliers de pathologies différentes à travers le monde. Comment procèdent les chercheurs ? Où commence le repositionnement d’un médicament ?

Les premiers repositionnements ont été le fruit du hasard, d’observations cliniques fortuites. Par exemple, il a été observé que des personnes atteintes de la maladie de Parkinson présentant une progression particulièrement lente de cette pathologie étaient toutes traitées pour un cancer et recevaient un traitement pour stimuler leur système immunitaire. Ce médicament est à présent étudié pour un potentiel effet neuroprotecteur dans la maladie de Parkinson.

Aujourd’hui, beaucoup de repositionnements sont intimement liés à une recherche méthodique et systématique des effets des médicaments. Les avancées technologiques permettent une meilleure connaissance des mécanismes biologiques modifiés dans la maladie de Parkinson. Des systèmes cellulaires simples qui miment des mécanismes pathologiques précis de cette affection – par exemple la production d’alpha-synucléine (2) – peuvent être utilisés pour analyser rapidement un grand nombre de molécules déjà connues. Ainsi, il a été découvert qu’une molécule présente dans un médicament pour l’asthme permet de réduire la quantité d’alpha-synucléine. On peut imaginer qu’un traitement qui agit sur un mécanisme commun à plusieurs maladies pourrait être bénéfique pour ces maladies même si elles sont a priori différentes.

En fournissant des informations sur des milliers de personnes, les études épidémiologiques peuvent aussi être le point de départ d’un repositionnement. Ainsi, il a été observé qu’un certain type de médicaments contre l’hypertension diminuait le risque de développer la maladie (effet préventif). Des études évaluant l’effet de cette thérapie sur la progression de la maladie sont à présent en phase III [1], c’est-à-dire que l’efficacité est testée dans une étude impliquant plusieurs centres sur un grand nombre de participants.

Médicaments repositionnés et maladie de Parkinson
Actuellement, il n’existe pas de médicaments repositionnés déjà utilisés dans le traitement de la maladie de Parkinson, mais de nombreuses recherches sont en cours pour trouver un traitement qui permettrait de ralentir la progression de la maladie.

• Des traitements antidiabétiques sont évalués chez des patients atteints de Parkinson. Les résultats d’une étude effectuée en double aveugle et contre placebo (c’est-à-dire que ni les malades ni les chercheurs ne savent qui reçoit la molécule active ou un substitut non – actif – le placebo) indiquent que les symptômes moteurs de la maladie progressent moins rapidement chez les patients recevant le traitement par rapport à ceux recevant le placebo ; cette amélioration persiste après l’arrêt de la prise du médicament. Des études sur un grand nombre de malades vont démarrer prochainement.

• Une molécule utilisée pour le traitement chimiothérapique d’une leucémie (3) a été testée chez un petit nombre de malades de Parkinson et semble avoir un effet neuroprotecteur. Les résultats ont fait beaucoup de bruit dans les médias mais doivent encore être confirmés. Une étude à plus grande échelle va être lancée grâce à la collaboration de la Fondation Michael J Fox [2] (États-Unis), le Cure Parkinson’s Trust [3] (Grande-Bretagne) et l’institut de recherche Van Andel [4] (Michigan, États-Unis).

• Un antibiotique, déjà présent sur le marché, permet de ralentir la progression de la maladie chez des souris rendues parkinsoniennes. Cet effet semble lié à une action sur l’alpha-synucléine. Mais, chez l’homme, un traitement chronique avec un sous-dosage d’un antibiotique peut causer le développement de bactéries résistantes à cette classe de médicaments. Les chercheurs tentent de séparer l’effet antibactérien de celui sur l’alpha-synucléine afin de permettre une utilisation à long terme chez l’homme.

• Toutes les cellules de notre corps ont des mécanismes qui permettent l’élimination et/ou le recyclage des déchets. Ces mécanismes fonctionnent mal dans le cas de la maladie de Parkinson. Une molécule contenue dans un sirop contre la toux semble pouvoir contrer ces dysfonctions et pourraient permettre de ralentir la mort de neurones dopaminergiques. Un essai clinique est en cours.

• Un médicament utilisé pour traiter l’excès de fer dans les thalassémies (4) majeures est au centre d’un grand essai clinique multinational financé par la communauté européenne. Les études préliminaires se concentrent sur l’excès de fer dans le cerveau et plus particulièrement dans la substance noire (noyau du cerveau qui contient les cellules dopaminergiques).

• Un médicament pour lutter contre l’hypercholestérolémie (taux de cholestérol élevé) semble avoir des effets anti-inflammatoires et pourrait réduire la quantité d’alpha-synucléine toxique. Une étude clinique est en cours afin d’évaluer l’effet sur la progression de la maladie de Parkinson.

Ces médicaments sont en cours d’étude et ne peuvent donc pas encore être prescrits pour des personnes atteintes de la maladie de Parkinson.

Le repositionnement, un espoir mais pas une solution miracle.
Les processus réglementaires pour ajouter une indication thérapeutique à un médicament déjà sur le marché sont certes plus simples que pour une nouvelle thérapie. Mais il y a tout de même un certain nombre d’étapes à suivre et il faut surtout toujours garder à l’esprit que la prise d’un médicament, quel qu’il soit, n’est jamais anodine. Des études approfondies liées à un traitement chronique à long terme et sur un grand nombre de patients sont nécessaires.
Le repositionnement ne doit pas être conçu comme une solution miracle et un patient ne doit en aucun cas tomber dans l’automédication.

Un médicament repositionné ne sera pas forcément meilleur qu’un autre traitement mais toutes les études qui sont en cours ouvrent le champ à de nouvelles connaissances et rapprochent d’une thérapie qui pourra ralentir la progression de la maladie.
1. Pour mieux comprendre les différentes phases des essais cliniques, consultez L’Écho n° 126 [5] ou ici [1]
2. Une protéine qui devient toxique dans la maladie de Parkinson.
3. La leucémie myéloïde chronique résistante.
4. Les thalassémies sont des maladies qui impliquent un défaut de production d’hémoglobine.