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Des modifications hyperdopaminergiques du comportement… aux addictions comportementales – Dr V Fraix et V Lhommée

Le terme de « trouble du contrôle des impulsions » est couramment utilisé pour décrire les troubles du comportement provoqués par le traitement dopaminergique dans la maladie de Parkinson. Dans une étude portant sur plus de 3000 personnes présentant une maladie de Parkinson, un trouble du contrôle des impulsions a été identifié chez 13,6 % des personnes (jeu pathologique 5 %, hypersexualité 3,5 % ; achat pathologique 5,7 %, et boulimie 4,3 %). Les troubles du contrôle des impulsions sont plus fréquents chez les personnes traitées par agoniste dopaminergique que chez les personnes sans agoniste (17,1 % vs 6,9 %) (Weintraub et al., 2010).

Parmi les modifications comportementales observées dans la maladie de Parkinson, le jeu pathologique est considéré, depuis 2013, comme une addiction, selon la classification des maladies psychiatriques. La plupart des  modifications comportementales observées dans la maladie de Parkinson ont cependant du mal à être intégrées dans cette classification, malgré leur caractère parfois pathologique car compulsif et irrépressible. Par ailleurs, dans bon nombre de cas, ces modifications comportementales ne sont pas assez sévères pour atteindre un caractère pathologique. En effet, elles s’avèrent parfois très subtiles : par exemple, une personne avec un salaire de 2000 euros qui commence à acheter des jeux de grattage trois fois par semaine pour 15 euros peut difficilement être considérée comme joueuse pathologique, du fait du faible impact économique. Pourtant, si elle n’a jamais joué avant et qu’elle commence à jouer après une augmentation de traitement dopaminergique, on pourra, en toute probabilité, imputer cette modification du comportement au traitement dopaminergique.

Lorsque le caractère pathologique du comportement n’est pas atteint, il est préférable d’utiliser le terme de modification comportementale hyperdopaminergique. Ces modifications concernent souvent d’autres plaisirs que le jeu, comme les achats, le sexe et la nourriture ; les patients s’intéressant à bien d’autres choses en fonction de leur parcours personnel ou de leurs rencontres, envies du moment… Les modifications comportementales peuvent également atteindre le bricolage, le jardinage, la sculpture, la couture, le travail sur ordinateur, internet, le jeu sans argent, la cuisine, le ménage… Ces changements sont parfois bénins, parfois plus importants, et sont souvent même vécus comme très bénéfiques par la personne, son entourage, voire par la société si la personne travaille encore ou si elle est créative et diffuse son art.

Toutefois, toute modification d’apparence anodine nécessite d’être suivie car chacun de ces comportement peut s’« emballer », devenir excessif en temps, en quantité et/ou en qualité. Il peut atteindre un caractère pathologique s‘il empiète sur les autres comportements, s’il conduit à un repli et des comportements déviants (mensonge, comportement illégal, modification de l’humeur quand la personne ne peut s’adonner à sa passion…). Dans ce cas on peut se permettre de parler d’addiction comportementale, qui, elle, par définition, est néfaste pour la personne dans son équilibre personnel et social.

L’information des personnes atteintes de la maladie de Parkinson et de leurs proches sur les modifications comportementales liées aux traitements antiparkinsoniens évite que ces modifications deviennent pathologiques et fragilisent la personne et son entourage.

Eugénie Lhommée, Neuropsychologue

Docteur Valérie Fraix, neurologue, Centre Expert Parkinson, CHU Grenoble Alpes.