Compléments naturels : amis ou ennemis

poudre compléments naturels

Ces dernières années ont été témoins d’un essor des compléments naturels. Cette popularité est liée à la promotion de ces produits au travers d’internet et des réseaux sociaux. Cette transmission parfois « virale » de l’information, via les réseaux sociaux, pose toutefois le problème de l’exposition à des affirmations souvent non contrôlées/validées du point de vue scientifique.

Il est essentiel de savoir que la vente des compléments naturels n’est soumise qu’à peu, voire aucun type de contrôle et/ou règlement par des autorités compétentes.

Ces compléments peuvent dans une certaine mesure avoir des effets bénéfiques. Malheureusement les sites vendeurs qui en font la promotion font miroiter des promesses qui vont souvent bien au-delà des effets réels. Plus inquiétant est l’absence, presque systématique, d’un contrôle de la portée à long terme de ces produits ; portée pourtant particulièrement importante lorsque qu’il s’agit d’une prise chronique d’un produit, même à faible dose.

Notoire également, l’absence presque récurrente de références à de possibles effets secondaires indésirables ; manque qui peut être confondue avec l’absence d’effets indésirables. Il est souvent déduit à tort que ces compléments sont inoffensifs.

Qu’est-ce que l’Atremorine® ?

Le produit proposé sur le site Atremorine® est décrit comme un extrait breveté de Vicia faba, ou fève des marais ; une plante dont la teneur en levodopa est connue depuis 1913. Les premières études effectuées sur un petit nombre de patients atteints de la maladie de Parkinson ont démontré que la consommation de fève cuite aurait une efficacité comparable à celle de la levodopa – le médicament de référencequi agit sur les symptômes moteurs de la maladie – et diminuerait les dyskinésies (1 ; 2).

Il faut noter que la consommation de fèves peut aussi avoir des effets indésirables importants, tel que des anémies hémolytiques (baisse des globules rouges) chez des personnes porteuses de certaines mutations génétiques (3), ou l’apparition de dyskinésies sévères (4).

Les effets démontrés

Le site vendeur fait de grandes promesses sur l’efficacité du produit qui est, entre autre, annoncé comme neuroprotecteur (site visité le 11 mai 2017), et qui permettrait donc de prévenir ou ralentir la progression de la maladie de Parkinson. Une recherche approfondie dans les bases de données bibliographique internationales (les seules qui reflètent réellement les données scientifiques contrôlées et validées par des experts du domaine) indique que la plupart des effets décrits pour l’Atremorine® ont été testés uniquement dans des modèles expérimentaux de la maladie de Parkinson (5; 6) et non pas chez les patients atteints de la maladie de Parkinson.

Les études cliniques

À notre connaissance une seule étude clinique publiée fait état des effets de l’extrait de Vicia faba (Atremorine®) chez des patients atteints de Parkinson (7). Cette étude décrit l’augmentation des niveaux de dopamine mesurés dans le sang 1 h après la prise orale d’une dose unique d’Atremorine® (5g d’Atremorine® contiendrait environ 110mg de levodopa). Les niveaux de dopamine induit par le produit varie énormément d’un patient à l’autre et dépend de facteurs génétiques (du profile pharmacogénétique) propre à chaque patient.

Chaque personne a donc une réponse différente au produit.

L’étude :

  • Ne teste qu’une dose UNIQUE et FAIBLE du produit.
  • N’évalue pas, ni ne démontre une quelconque efficacité du produit sur les symptômes moteurs ou non moteurs de la maladie, mais se réfère à des observations précédentes basées sur la consommation de la fève entière.
  • Ne fait aucune mention de l’absence ou de la présence d’effets indésirables
  • N’évalue aucuns effets positifs ou négatifs à long terme suite à une prise chronique du produit
  • N’évalue pas l’effet du produit sur la progression de la maladie

Cette étude ne permet donc pas d’affirmer que Atremorine® soit efficace et bénéfique, ou non, pour les patients.

« Naturel » n’est pas le contraire de « chimique »

On pense souvent que « naturel » et « chimique » sont des termes qui s’opposent. Mais la chimie est l’essence même des êtres vivants et leur permet de fonctionner. Un produit naturel contient donc par définition des molécules chimiques.

La levodopa est une molécule chimique. Chez les plantes c’est une molécule de défense qui diffusée dans le terreau réduit la croissance des plantes avoisinantes (8). Chez l’homme la levodopa permet la synthèse de la dopamine qui joue un rôle important dans le contrôle des mouvements.

La levodopa contenue dans Vicia faba, et donc dans l’Atremorine, est une molécule chimique identique à la levodopa présente dans les médicaments. C’est donc une molécule active qu’elle provienne ou non d’une plante. Naturelle ou dans un médicament, la levodopa aura la même action chez l’homme ; action qui peut être, ou non modifiée (stabilisée, prolongée, augmentée, etc.) par la présence d’autres molécules actives dans un extrait de plante. Il est donc fondamental d’étudier et de connaitre cette action pour s’assurer qu’elle ne soit pas néfaste à long terme.

En résumé

Nous invitons à une grande prudence avant de prendre des compléments naturels qui contiennent de la levodopa, car ceux-ci pourraient avoir un effet bénéfique, mais pourraient également avoir des effets indésirable sur l’organisme. Les extraits de plantes sont en général très complexes et hétérogènes et peuvent causer des réactions inattendues, voire modifier l’efficacité des médicaments traditionnel si pris en même temps. Ces risques d’interactions médicamenteuses, bien connus pour les médicaments conventionnels, existent aussi avec les compléments naturels et peuvent avoir des conséquences dramatiques si le médecin n’est pas informé.

Il est donc très important de ne jamais modifier soi-même sont traitement habituel et d’informer son neurologue si l’on décide de prendre des compléments naturels.

 

Références bibliographiques

  1. Rabey et al., (1992) Improvement of parkinsonian features correlate with high plasma levodopa values after broad bean (Vicia faba) consumption. Journal of Neurology Neurosurgery and psychiatry 55:725-727.
  2. Apaydin H. (2000) Broad bean (Vicia faba) – A natural source of L-Dopa prolongs « on » periods in patients with Parkinson’s disease who have « on-off » fluctuations. Movement Disorders 15:164-166
  3. Raguthu et al (2009) Fava beans and Parkinson’s disease: useful « natural supplement » or useless risk? European Journal of Neurology 16: e171.
  4. Ramirez-Moreno et al., (2015) Broad bean (Vicia faba) consumption and Parkinson’s disease: a natural source of L-dopa to consider. Neurologia 30:375-391
  5. Romero et al, (2017) Neuroprotective effects of E-PodoFavalin-15999 (Atremorine®). CNS Neuroscience and therapeutics 00:1-3
  6. Carrera et al, (2017) Neuroprotective effect of Atremorine in an experimental model of PArkinson’s disease. Current Pharmaceutical Design 23:1-12.
  7. Cacabelos et al. (2016) E-PodoFavalin-1599 (Atremorine®)-induced dopamine Response in Parkinson’s disease: phqrmqcogenetics-related effects. Journal of Genomic Medecine and Pharmacogenomics 1:1-26.
  8. Soares et al., (2014) The role of L-DOPA in plants. Plant Signaling &Behaviour 9:4, e28275

 

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