Avis du Pr Damier, Vice-président du Comité scientifique

Philippe Damier Vice président du comité scientifique de France Parkinson

Interpellée par des adhérents, France Parkinson a soumis le texte du Professeur Joyeux au Professeur Philippe Damier, Vice-président du Comité scientifique de l’association.

Qui sont les professeurs Joyeux et Fortillan ? Ils sont tous deux anciens professeurs de médecine, le premier en chirurgie viscérale, le second en chimie. Le professeur Joyeux a rédigé ces dernières années plusieurs ouvrages sur les risques que font courir une mauvaise alimentation ou de mauvaises habitudes comme le tabac, en matière de risque de cancers ou de maladies cardiovasculaires. Ses critiques sur les vaccins lui ont valu une exclusion du conseil de l’ordre des médecins. Je n’entrerai pas dans le détail faute de connaissances suffisamment précises dans le domaine. Le professeur Fortillan a assez tôt quitté l’université pour créer un laboratoire de pharmacologie à Poitiers.

Que dit le professeur Joyeux sur la maladie de Parkinson ? Par une figure de style littéraire, il se met dans la peau de James Parkinson et décrit ainsi la maladie qui porte son nom, les traitements actuels et leurs limites. L’essentiel des propos est exact. Quelques imprécisions ou erreurs qui montrent qu’il n’est pas un spécialiste de la maladie, ni qu’il n’a fait relire le texte par un expert de la maladie. Un exemple d’imprécision : « Malbouffe et stress » ne sont pas favorables à la santé. Il n’a cependant jamais été démontré qu’ils pouvaient être responsables directement de la maladie de Parkinson. Leur responsabilité dans les maladies vasculaires est par contre bien montrée et les lésions cérébrales que peuvent causer ces dernières aggravent une maladie de Parkinson. Donc en plein accord avec le Pr Joyeux, nous pouvons recommander, maladie de Parkinson ou non, de manger équilibré, de ne pas être en surpoids, de ne pas fumer et d’avoir une activité physique régulière adaptée à ses possibilités. Un exemple d’erreur : le fait de dire que les cellules à dopamine représentent 1/10 des cellules nerveuses. C’est en fait bien moins que cela : le nombre des cellules à dopaminergiques est de l’ordre de 500 000 ; le nombre des cellules nerveuses est évalué à 86 milliards, donc moins de 1/10 000.

Que dit le professeur Joyeux sur la glande pinéale ? Il explique que la glande est impliquée dans la fabrication de certaines hormones qui jouent un rôle dans le contrôle des rythmes veille/sommeil. Il dit aussi que des perturbations de ces hormones existent dans la maladie de Parkinson et que des troubles du rythme veille/sommeil existent dans cette maladie. Tout cela est exact.

En quoi la lecture du texte du professeur Joyeux est trompeuse ? Il faut tout d’abord noter la présence de ce qui est appelé en neuroscience cognitive un amorçage : des informations qui insidieusement manipulent le cerveau. C’est régulièrement utilisé en marketing (par exemple, faire apparaître dans un film, une marque de boisson augmente l’attractivité des spectateurs pour cette boisson). Ici, c’est l’annonce progressive de l’arrivée d’une grande découverte (« Les véritables causes enfin décelées », « Cette découverte du siècle… », « Cette formidable découverte… »). En tant que lecteur, en tant que patient atteint par cette maladie, vous ne pouvez être que tout attentif et êtes prêt à accepter l’explication à venir. La manipulation est ensuite subtile. Elle consiste dans le paragraphe crucial « Voici les éléments clés de la découverte du Pr JB Fourtillan qui s’applique à la maladie qui porte mon nom » à donner quatre faits exacts dont la succession donne une impression de causalité qui en fait n’est pas démontrée. La lecture rapide laisse entendre que chaque proposition est causale de la suivante, et donc que la maladie de Parkinson est causée par une dysfonction de la glande pinéale. En habile orateur, le professeur Joyeux se garde bien d’affirmer cette causalité qui n’est pas démontrée, mais tel un magicien vous convainc de cette dernière. La manipulation est renforcée par quelques tournures de style, comme la présence de paragraphes annoncés comme dédiés aux spécialistes pour donner un gage de sérieux, ou en fin de texte la citation tout à fait sérieuse des principaux traitements actuels de la maladie.

Pourquoi une telle manipulation ? Nous n’en avons pas encore la clé, mais la fin du texte laisse imaginer quelques pistes : « Évidemment vous attendez le nouveau traitement… Il (le professeur Fourtillan) vous présentera l’avenir qui ne saurait tarder. » Il est probable que prochainement les deux professeurs proposeront un cocktail d’hormones capables de corriger les désordres constatés. Ce cocktail ne sera vraisemblablement pas dangereux (sauf pour votre portefeuille), mais ne pourra pas agir sur la cause de la maladie, puisque l’implication du désordre hormonal dans la cause de la maladie est loin d’être démontrée. Mais après la manipulation décrite ci-dessus, votre cerveau sera prêt à l’accepter. Un peu de science pour finir… Les perturbations du cycle veille sommeil sont fréquentes dans la maladie de Parkinson (90% des patients en présentent). Elles pourraient même précéder les symptômes moteurs chez certains patients. Leur origine est complexe et encore mal élucidée. À ces perturbations sont associées des anomalies hormonales dont celles décrites par le professeur Joyeux. Certains arguments expérimentaux suggèrent que ces anomalies pourraient accélérer le processus dégénératif (par excès de radicaux libres oxygénés), mais cela est loin encore d’être prouvé. La cause de la maladie de Parkinson n’est pas encore déterminée. Il n’y a d’ailleurs probablement pas une cause unique, mais un ensemble de facteurs (génétiques, environnementaux), propres à chaque patient, à l’origine de la maladie. Même s’il y a eu des avancées importantes ces dernières années sur les mécanismes en cause, il reste encore beaucoup d’inconnu. Le cerveau humain est complexe, ses maladies le sont aussi. Une explication aussi simple qu’un dérèglement hormonal, toute séduisante qu’elle puisse paraître, à en fait peu de chance de se vérifier

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